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La fusion PSA-FCA peut-elle être remise en cause par la crise ?

Carlos Tavares, patron de PSA, et Mike Manley, celui de FCA, le 18 décembre 2019.

La fusion PSA-FCA peut-elle être remise en cause par la crise ?

Alors que le travail se poursuit entre les deux entreprises pour arriver à la fusion souhaitée, la crise actuelle et ses conséquences économiques font naître quelques craintes quant à l'avenir de ce mariage entre égaux.

 

Les bans étaient publiés. Les préparatifs du mariage entre PSA et FCA avançaient bien. Mais un invité de dernière minute, le coronavirus, pourrait faire capoter l'union. La pandémie fragilise les entreprises et menace l'équilibre de l'opération, indiquent des sources financières à l'AFP.

 

Annoncée fin octobre 2019, signée le 18 décembre et censée être finalisée au plus tard début 2021, cette fusion, si elle va à son terme, doit donner naissance au numéro 4 mondial de l'automobile abritant sous le même toit des marques emblématiques comme Peugeot, Citroën, Jeep, Alfa Romeo ou Maserati. Certes les préparatifs se poursuivent, d'après ces sources qui ont requis l'anonymat pour évoquer ce sujet sensible. Les équipes juridiques et les avocats travaillent toujours d'arrache-pied pour obtenir le feu vert des autorités antitrust, indique-t-on. Les cabinets d'audit et de conseil et les financiers planchent eux sur la documentation boursière requise, notamment le fameux dossier F-4 exigé par la SEC, le gendarme de la Bourse américain.

 

Mais la pandémie de Covid-19, qui a provoqué la dégringolade des marchés financiers, est en train de plonger l'économie dans la récession et de mettre à l'arrêt des sites de production des deux constructeurs en Europe et de FCA aux Etats-Unis. Et elle remet en cause désormais les termes financiers du mariage, disent ces sources qui travaillent sur la transaction.

 

"Les deux groupes ont besoin de ce mariage au vu des investissements lourds qu'il faut faire dans la voiture électrique mais il faut reconnaître que, compte tenu de la situation économique, pour que la fusion se fasse il faut revoir les termes financiers de départ", avance une des sources. "Les hypothèses sur la valeur des sociétés, les projections de revenus et de ventes émises pendant les discussions doivent être réévaluées", opine Karl Brauer, expert chez Kelley Blue Book. PSA et FCA "n'ont plus les certitudes qu'ils avaient il y a même encore un mois en termes de ventes, de revenus, de parts de marché, de mix-produits", estime-t-il.

 

Les actionnaires de PSA lésés ?

 

Les deux groupes veulent une fusion "entre égaux", ce qui passe, selon leur projet, par la distribution d'un dividende ordinaire de 1,1 milliard d'euros à leurs actionnaires respectifs pour 2019. FCA est censé verser également un dividende exceptionnel de 5,5 milliards d'euros, tandis que PSA doit distribuer à ses actionnaires sa participation de 46 % au capital de l'équipementier français Faurecia.

 

Premier problème : la capitalisation boursière de Faurecia a fondu d'au moins un tiers depuis l'annonce des fiançailles, de sorte que la valeur de la participation de PSA avait diminué de près d'un milliard d'euros lundi. "Il va falloir rééquilibrer les choses entre actionnaires si on veut toujours parler de fusion entre égaux", dit une des sources financières. "J'ai toujours trouvé que la parité était très à l'avantage de Fiat. Elle l'est encore plus" avec la chute du titre Faurecia, renchérit un expert du secteur sous couvert de l'anonymat.

 

Dividendes en jeu

 

Il n'est plus certain également que PSA et FCA tiennent leur promesse de payer chacun le dividende de 1,1 milliard d'euros, avancent les sources, car ils doivent préserver leurs liquidités pour faire face à l'effondrement à venir des ventes automobiles aussi bien en Europe, où le premier réalise le gros de ses revenus, et aux Etats-Unis, où le second génère des marges très importantes. D'autant que les gouvernements seront vigilants. Le ministre français de l'Economie Bruno Le Maire a demandé mardi "à toutes les entreprises, notamment les plus grandes, de faire preuve de la plus grande modération sur le versement de dividendes". "C'est un moment où tout l'argent doit être employé pour faire tourner les entreprises". A fortiori si les entreprises font appel à des aides d'Etat.

 

Faisant valoir que 14 millions d'emplois européens sont menacés, l'Association des constructeurs européens d'automobiles (ACEA) a demandé, le 20 mars, un soutien financier à l'industrie automobile, qui affronte "la pire crise" jamais traversée par ce secteur. "Si PSA ou FCA font appel à l'Etat, comment pourraient-ils justifier qu'ils demandent des milliards aux contribuables et distribuent en même temps des milliards à leurs actionnaires ?", se demande Gregori Volokhine, expert chez Meeschaert Financial services.

 

"Plus que jamais, cette fusion prend tout son sens dans le contexte que nous voyons jour après jour, nos équipes continuent de travailler avec le même engagement", a réagi PSA, dans un message transmis à l'AFP. "Dans le contexte d'une telle crise sanitaire, nous jugeons inapproprié de spéculer sur des modifications des conditions de l'accord", a ajouté le constructeur, "nous nous concentrons sur la protection de nos employés et de notre entreprise".

 

Interrogé par l'AFP, le ministère français de l'Economie, actionnaire indirect de PSA via le fonds souverain Bpifrance (12,2%), n'a pas souhaité réagir. FCA n'a pas donné suite. Jean-Marie Messier, dont le cabinet Messier Maris & Associés a conseillé PSA dans cette transaction, et Michael Zaoui, conseil de la famille Peugeot via Zaoui & Co, n'ont pas non plus fait de commentaire. (avec AFP)

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